Contrairement à ce que beaucoup pourraient croire, le sommeil n’est pas un temps mort mais un état actif qui règle le cerveau, le métabolisme, l’immunité et le cœur. Pour les étudiants, bien dormir compte tout autant que bien réviser, notamment parce qu’il favorise la concentration, il permet de mieux retenir les nouvelles informations, nous aide à garder notre calme et surtout, contribue à notre réussite.

La nuit se divise en cycles d’environ 90 minutes, avec une première phase de sommeil profond qui aide à réparer le corps et qui permet de consolider les connaissances, et une deuxième phase plus agitée qui stabilise les gestes et apaise les émotions. Bien dormir améliore aussi la façon dont le corps gère le sucre. À l’inverse, le manque de sommeil brouille l’attention, ralentit la réflexion et peut altérer l’humeur. À long terme, des effets négatifs sur la santé apparaissent (comme la prise de poids, l’augmentation de la tension et les problèmes cardiaques) et donc sur les résultats académiques. Avant un examen, ce sont les nuits régulières qui comptent le plus, et non seulement la dernière nuit comme on a tendance à penser. La fameuse « règle des 90 minutes » est un repère scientifique approximatif, pas une loi, chacun à un rythme personnel: certains dorment moins sans aucune répercussion immédiate, cependant la plupart des gens accumulent une dette invisible quand ils raccourcissent trop souvent leurs nuits.

Il faut savoir que le sommeil ne s’organise pas de la même façon de partout. Dans plusieurs traditions, la nuit est découpée selon des repères spirituels plutôt que biologiques, ce qui donne des rythmes très différents du modèle que l’on connaît tous et qui domine dans les sociétés industrialisées, le “7–9 h monophasique”.


Dans le Judaïsme par exemple l’heure du coucher est ritualisée: on récite le Shema et des psaumes protecteurs, puis la bénédiction Hamapil juste avant de s’endormir. Le Talmud conseille de dormir sur le côté et d’éviter de s’assoupir juste après un gros repas, ce qui est aussi scientifiquement conseillé. L’étude de la Torah la nuit est très valorisée, ce qui peut conduire à des veillées tardives suivies d’un lever tôt pour la prière; dans ce cas là, le sommeil se décale ou se segmente selon les temps d’étude et de prière.


Dans l’Islam, le sommeil suit les prières, surtout l’Isha (soir) et le Fajr (aube). Il est recommandé de ne pas dormir avant l’Isha, puis de se coucher peu après. Beaucoup peuvent se réveiller dans le dernier tiers de la nuit pour la prière volontaire (Tahajjud) avant le Fajr. Cela crée souvent un sommeil en deux temps (ou biphasique): une première période après l’Isha, un éveil calme pour prier et méditer, puis une reprise jusqu’à l’aube. Une courte sieste méridienne (dite “qailulah” en Fosha, l’équivalent de la siesta en Espagne) est aussi encouragée pour compenser la veille nocturne.


Dans le Christianisme monastique (bénédictins et autres ordres), la nuit était traditionnellement coupée par les offices: après Complies, les moines se couchaient, se relevaient au milieu de la nuit pour les Vigiles/Matines, puis se recouchaient jusqu’à l’aube et aux Laudes. Ce « sommeil segmenté » (premier sommeil, éveil, second sommeil) était la norme dans de nombreux monastères pendant des siècles et fait écho au schéma observé en Europe préindustrielle, avant que l’éclairage artificiel n’impose le sommeil d’un seul bloc.


Dans l’Hindouisme et les traditions yogiques, le brahma muhurta (environ 1 h 36 avant le lever du soleil, souvent entre 4 h et 6 h) est considéré comme un créneau idéal pour la méditation, le pranayama (art de la respiration consciente) et la lecture spirituelle. On conseille alors de se coucher tôt (vers 21 h-22 h) pour se lever naturellement pendant ce moment, en privilégiant la qualité du sommeil et l’alignement avec les rythmes naturels pour commencer la journée avec clarté.


Au-delà des religions, certaines cultures intègrent des pauses de sommeil dans la journée. Dans les pays méditerranéens (Espagne, Italie, Grèce, Maroc…) et en Amérique latine, la sieste après le déjeuner est une pratique traditionnelle, surtout dans les régions chaudes : elle permet de fractionner le sommeil en une nuit principale et une courte pause diurne, un modèle biphasique qui contraste avec le sommeil monophasique dominant au Nord. Des recherches chez des chasseurs-cueilleurs Hadza (Autochtones en Tanzanie) et Tsimané (autochtones en Bolivie Amazonienne) montrent des durées moyennes de 6–7 h par nuit, avec un coucher quelques heures après le coucher du soleil et un lever peu avant l’aube, très influencés par la lumière naturelle et les saisons.

Pour les étudiants, cela ouvre une perspective utile : au lieu de voir tout éveil nocturne ou toute nuit non continue comme un échec, il peut être pertinent de réfléchir à un rythme qui respecte à la fois les contraintes académiques, les éventuelles pratiques spirituelles ou culturelles, et les besoins de base (durée totale, régularité, qualité).

– Sara El Goubi


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